Décret sur la formation des enseignants dit de “masterisation”

Masterisation de la formation des enseignants

Mise à part les questions posées par la « masterisation », notamment concernant sa mise en œuvre dès la rentrée 2009, tentons ici de comprendre les effets d’une telle réforme.

Le projet de masterisation des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degrés présenté le 13 octobre 2008 prévoit de supprimer les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) afin de les remplacer par une formation qui se déroulera au sein de deux types de structures : des masters « métiers de l’éducation et de la formation » et des parcours « enseignement » aménagés dans les masters disciplinaires déjà existants.

Il convient donc de veiller à ce que les formations offertes constituent des masters au sens plein du terme, répondant au double objectif de préparer les étudiants au doctorat et de leur offrir un parcours qualifiant et professionnalisant de haut niveau leur permettant d’accéder à des métiers divers. (extrait du texte de décret du 17 octobre 2008)

Ces masters devront d’une part préparer aux concours de recrutement dont les épreuves auront lieu en fin de premier semestre en ce qui concerne l’admissibilité, et au mois de juin pour les épreuves orales d’admission.
D’autre part, ils devront permettre aux étudiants une initiation à la recherche dans la perspective de la préparation d’une thèse de doctorat.
Les étudiants parviendront-ils à mener de front la préparation d’un concours, et un travail de recherche ??

Les enseignants français bénéficieront désormais d’une formation universitaire comparable à celle de l’ensemble de leurs collègues européens au terme de Cinq années d’études. (extrait du communiqué de presse du MEN et du MESR du 15 janvier 2009)

Doit-on rappeler que les professeurs des écoles et du second degré suivent déjà au moins cinq années d’études et de formation avant d’être titularisés ? En effet, actuellement, si le niveau de qualification requis pour présenter les concours des IUFM est celui de la Licence 3,  après réussite au concours, les futurs enseignants suivent deux ans de formation alternée au sein des IUFM.

Par ailleurs, le projet prévoit la suppression de l’année de stage encadré proposée dans l’ancienne formation des IUFM. Les jeunes recrutés devront donc enseigner à plein temps dès leur première année, sans autre formation professionnelle qu’un stage effectué au deuxième semestre de M2, stage pour lequel ils ne seront pas rémunérés, mais gratifiés (1/3 du SMIC).

D’autre part, ces masters seront délivrés non seulement aux étudiants admis aux concours de recrutement de la fonction publique, mais aussi à d’autres ayant échoué aux concours mais dont le niveau aura été certifié par un diplôme universitaire.
Cela aura pour conséquence de créer une population de « reçus collés » (reçus au master ayant échoué au concours) qui constituera alors un vivier d’enseignants précaires prés à accepter des emplois d’enseignants contractuels (CDD de 10 mois) dans l’éducation nationale.

Liens

  • L’UFE (Unité de Formation et Enseignement) de l’Observatoire a rédigé un bref argumentaire pour ses étudiants résumant les craintes vis à vis des deux projets de décret controversés sur la masterisation  et le changement de statut des enseignants-chercheurs. Vous pouvez consulter cet argumentaire ici et visiter le site de l’UFE là.
  • Ici, un dossier de Sauvons L’Université sur ce décret. Dans ce dossier figure une analyse menée par Alexis Grélois dont nous nous sommes inspiré.
  • Pour expliquer aux non-initiés ce qu’est la masterisation, voir le film préparé par SLU et le communiqué de la coordination du concours Lettres  et de la Société Mathématique de France.
  • Un article explicatif très clair rédigé par des universitaires de Grenoble.
  • Un témoignage sur les effets de la Masterisation (Exemple italien).